Je dois me rendre à l'évidence: je n'arrive pas à grandir. Voilà maintenant 1an et plus de 4 mois que j'ai quitté mon foyer pour partir à l'assaut du monde, à la découverte de ses secrets, appelé par un destin que je croyais mien. Seulement voilà, je ne saurais expliquer pourquoi, mais le fait est que je suis... malheureux. Oui, c'est cela, malheureux. Pourquoi? Tel est le mystère que je suis incapable de percer. Est-ce que ma jeunesse s'en est allée trop vite? Après tout, peut-être ai-je raté quelque chose d'essentiel, en partant si vite de chez moi, happé par le besoin de découvrir un monde nouveau! Quoi qu'il en soit, à chaque fois que je retourne à mon originelle demeure, et à chaque fois que je me retrouve ici, chez moi, les yeux rivés sur l'écran de cet ordinateur, portable et paradoxalement toujours disposé de la même manière, je tente d'épancher ma douleur en écrivant mon ressenti le plus profond et en le diffusant dans un monde immatériel, à la recherche désespérée d'une oreille attentive qui saurait écouter mes souffrances, et peut-être, sait-on jamais, me donner l'ultime secret... la clé du bonheur. Car cette clé, symbole d'espoir qu'il me reste lorsque perdu, je regarde fixement les constellations en pleurant, sans même connaître la raison de mon lancinant chagrin, est tout ce dont j'ai besoin pour libérer mon âme.
Toute cette métaphore est charmante, mais le fait est tout autre: il m'échappe et je ne puis me l'expliquer. Et cela me torture. Je ne suis pas bien loin de chez moi, et je ne suis pas bien chez moi. Oh, bien-sûr, je suis heureux de rentrer chez moi! Mais chaque objet utilisé, chaque route empruntée, chaque soirée vécue, et plus que tout chaque personne rencontrée -même mes plus proches amis!- me rappelle inlassablement mon passé. La vie que j'avais avant de partir... Et pourtant lorsque j'y repense, était-elle si belle, cette vie? Rien n'est moins sûr, et je ne peux néanmoins m'empêcher de ressasser mes souvenirs. Et mes souvenirs m'empêchent d'avancer.
Peut-être que je ne parviens pas, malgré mon parcours exceptionnel et ma sagesse précoce, à devenir adulte. Ou peut-être est-ce cela, devenir adulte: accepter de laisser s'échapper notre jeunesse, à défaut de pouvoir la retenir, et vivre dans le tourment, en sachant que le bonheur n'est qu'une illusion. En sachant que le bonheur... n'existe tout simplement pas.
La clé du bonheur, c'est de comprendre qu'il n'y a pas de clé.